“Nouveau DPE, au cœur des enjeux de rénovation” (Thierry Marchand)

janvier 07 12:32 2021 Imprimer cet article
Thierry Marchand

Thierry Marchand, président de la Chambre des Diagnostiqueurs de la Fnaim

À quoi ressemblera le futur DPE ? Pas si différent d’aujourd’hui finalement, mais avec une portée inédite. Car le diagnostic deviendra décisif (tranchant ?) dans la valeur patrimoniale d’un bien avec tout ce que cela suggère de pressions et de responsabilités. Explications de Thierry Marchand, le président de la CDI Fnaim.

Ce nouveau DPE se révèle-t-il si différent de l’ancien ?

Thierry Marchand : « En fait, le DPE 2021, c’est probablement la même saisie de données qu’aujourd’hui, à peu de choses près. Le DPE ne change pas fondamentalement, puisque l’outil est déjà fiable, comme le montre très bien l’étude de la CDI Fnaim-Diagamter. Les nombreuses modifications apportées à la méthode de calcul comme les degrés jour unifiés (DJU) revus et corrigés, restent souvent transparentes pour le diagnostiqueur. Autrement dit, entre un DPE effectué avec l’actuelle méthode 3CL et un DPE version 2021, même si les données d’entrées sont quasiment identiques, le classement pourra être différent.»

Pourtant, ce nouveau DPE est présenté comme un tournant…

T. M. : « Car, demain, le DPE ne sera plus un simple indicateur énergétique, il aura un impact considérable sur la valeur patrimoniale d’un bien. Je rappelle que dès 2022, les logements classés F et G seront soumis à un audit énergétique lorsqu’ils sont mis en vente, selon la loi Énergie-Climat de 2019. Cette même loi prévoit que les logements ne puissent plus avoir une consommation supérieure à 330 kwh/m²/an en énergie primaire, à compter de 2028. En clair, le DPE déterminera à court terme si un logement peut être loué ou vendu, et si des travaux de rénovation sont nécessaires. »

La responsabilité est énorme pour l’opérateur…

T. M. : « En effet. Le diagnostiqueur s’engage sur la note qu’il attribue au bien. De façon durable, puisque le nouveau DPE conserve sa validité de 10 ans. Toutes les données relevées seront conservées dans un fichier XML et pourront être contrôlées par la suite. Pour l’opérateur, cela sous-entend de vérifier toutes les données entrées. Par exemple, il ne pourra plus s’appuyer sur une surface approximative communiquée par le vendeur : s’il ne le fait pas déjà, il devra aussi effectuer un mesurage de la surface habitable pour fiabiliser son DPE. »

Des pressions ne sont-elles pas à craindre ?

T. M. : « Il est certain que les biens classés F et G connaîtront une dépréciation importante dans les années à venir. Des pressions semblent inévitables. On peut imaginer que des propriétaires chercheront à anticiper l’entrée en vigueur des obligations, à échapper aux nouvelles contraintes. Quelles que soient ces pressions, la profession doit y résister. Il faut bien faire comprendre que la note DPE ne se trouve pas dans une boule de cristal, que le diagnostic repose sur une méthode fiable, mise en œuvre par un tiers indépendant et impartial. Le classement d’un bien immobilier ne peut donc être aléatoire : il en va de la crédibilité du diagnostic immobilier. Cette réforme du DPE comme la rénovation énergétique est une opportunité pour notre profession de gagner en lettres de noblesse, et d’être mieux reconnue. »

Justement, vous réclamez depuis longtemps une place plus importante dans la rénovation énergétique…

T. M. : « Dans la chaîne de la valeur immobilière, le diagnostiqueur a tout son sens. Il faut qu’il se saisisse de cette opportunité et qu’il aille plus loin que le diagnostic. On le sait, pour une rénovation massive et de qualité, le particulier devra être accompagné, conseillé. Qui mieux que le diagnostiqueur, professionnel de proximité, pour remplir ce rôle ? Je sais que beaucoup ont investi voilà une dizaine d’années dans l’énergétique, avec notamment des certifications du type ERE (Expert en rénovation énergétique). Le marché n’a pas décollé, beaucoup ont abandonné. Mais aujourd’hui, nous y sommes. »

Concrètement, comment les professionnels peuvent-ils exercer ce conseil énergétique ?

T. M. : « Cet accompagnement existe déjà avec l’audit énergétique du CITE, repris par MaPrimeRénov’. Aujourd’hui, il reste une démarche volontaire, mais dès 2022, il deviendra une obligation pour les logements classés F et G proposés à la vente. Nous parlons bien “d’audit énergétique”, et non d’une étude thermique : les scénarios de rénovation peuvent très bien reposer sur le DPE 3CL largement suffisant pour les logements individuels et les petites copropriétés. Aujourd’hui, la certification ne suffit pas, puisque les textes exigent un “signe de qualité”. Pour autant, les diagnostiqueurs ne doivent pas laisser filer ce marché sur lequel ils ont toute légitimité. Pour se faire une idée, 100 000 à 150 000 logements classés F et G sont vendus chaque année et seront demain concernés par cet audit. Ce n’est pas seulement une opportunité, c’est un pan majeur de notre filière qui est en train de se construire avec la rénovation énergétique. »

L’avenir de la filière professionnelle du diagnostic passe donc par la rénovation énergétique…

T. M. : « Soit nous saisissons ce marché avec ses perspectives de développement pour notre filière, soit nous risquons de nous scléroser dans le temps. La Covid a montré combien nous étions encore trop dépendants du marché immobilier. À l’avenir, notre profession doit reposer sur trois pivots : la transaction-location, les marchés spécialisés comme l’amiante avant-travaux ou le radon, et la rénovation énergétique. »

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