Le risque amiante est “fortement sous-estimé” autour de Lubrizol, selon l’Andeva

Le risque amiante est “fortement sous-estimé” autour de Lubrizol, selon l’Andeva
octobre 11 15:07 2019 Imprimer cet article

Un sinistre peut en cacher un autre. Avec l’incendie de Lubrizol, quelque 8 000 m2 de toiture en amiante-ciment sont partis en fumée. Malgré les discours apaisants, le risque de pollution serait cependant fortement sous-estimé selon l’Andeva (Association nationale des victimes de l’amiante).

Sachant que 8 000 m2 de toiture sont partis en fumée, qu’un mètre carré de plaque en amiante-ciment pèse environ 15 kilos, et qu’une plaque contient environ 10% d’amiante, quelle est la quantité d’amiante libéré dans l’atmosphère rouenneaise ? Résultat du petit calcul opéré par l’Andeva : 12 tonnes d’amiante se sont évaporées dans la nature.

Alain Bobbio, secrétaire national de l’Andeva, décrit le phénomène : “Quand se produit un incendie, ces plaques, portées à très haute température, explosent en libérant des milliards de fibres d’amiante dans l’air. Ces fibres, 400 fois plus fines qu’un cheveu, ultra-légères et incombustibles sont entraînées par un mouvement ascendant des gaz surchauffés qui peut les transporter sur des distances importantes, avant qu’elles ne redescendent vers le sol.”

Un seuil de 5f/L “obsolète”

Depuis le 26 septembre, trois campagnes de mesures d’empoussièrement ont été menées autour de Lubrizol : d’abord dans un rayon de 300 mètres, puis dans le périmètre du panache de fumée et enfin dans un rayon de 800 mètres. Avec une valeur maximale de 4,8 f/L, les analyses d’empoussièrement réalisées à Rouen restent inférieures au seuil de santé publique figé à 5 f/L. Circulez, y’a rien à voir, pour le préfet, “le risque amiante n’est pas avéré”. Analyses à l’appui.

Ces mesures d’empoussièrement sont pourtant bien loin d’apaiser Alain Bobbio. “Beaucoup de préventeurs sont très circonspects sur la fiabilité de mesures réalisées en air extérieur, car leur résultat sont souvent peu probants”, indique l’Andeva dans son communiqué. “En tout état de cause, elles ne sont que la photographie de la situation à un endroit et à un moment précis.”

Ces résultats sont loin de signifier cependant une absence de risque aux yeux de l’Andeva : non seulement, l’amiante est un cancérogène sans seuil, et de plus, le seuil de santé publique apparaît aujourd’hui volontiers “obsolète”. Alain Bobbio rappelle ainsi que ce seuil de 5 f/L correspond au bruit de fond enregistré dans les années 1970 à Paris. Quarante ans ont passé, et les études ont montré que le bruit de fond était désormais inférieur à 0,1 f/L, à tel point que la Direction générale de la Santé envisage d’ailleurs d’abaisser ce seuil.

 

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