« Faire enfin de la qualité de l’air intérieur un vrai sujet »

septembre 08 12:47 2020 Imprimer cet article

Claire Pitollat, députée des Bouches-du-Rhône, à l’initiative du groupe “Air et santé” à l’Assemblée nationale.

Députée LREM dans les Bouches-du-Rhône depuis 2017, Claire Pitollat multiplie les rôles, mais a le même leitmotiv : se faire entendre sur la question de la qualité de l’air intérieur. Véritable enjeu de santé public et pour la rénovation énergétique, elle détaille son engagement.

Élue depuis 2017, pourquoi vous êtes-vous tout de suite engagée sur la question de la qualité de l’air intérieur ?
Claire Pitollat :
« Le sujet est très tendu localement. À Marseille, il y a beaucoup d’associations qui sensibilisent tous les publics, professionnels ou particuliers, et l’une d’entre elles, “Air et moi”, m’a demandé de la marrainer. Depuis, j’essaie de porter ce sujet, de le pousser pour créer un réflexe “air”. Dans le cadre de la loi Elan, j’ai émis plusieurs propositions. J’ai demandé de clarifier les missions de l’OQAI (Observatoire de la qualité de l’air intérieur, ndlr) et de lui donner un statut juridique, mais aussi d’inclure la ventilation dans le DPE. Je proposais également de créer plus de structuration au niveau des politiques publiques car on parle beaucoup plus de la qualité de l’air extérieur. Ces idées n’ont pas eu la majorité. En revanche, j’ai eu gain de cause quant à l’insertion d’une mention dans le Code de la construction qui dit que les nouveaux bâtiments doivent être favorables à la santé des occupants. Le plan santé environnement 4 (PSE4) a aussi placé, grâce à moi, la QAI comme sujet majeur. On ne peut plus regarder les choses en silo. Il faut parler de logement, de santé et de social. »

Ces sujets ne peuvent donc plus être dissociés selon vous ?
Claire Pitollat :
« Effectivement, nous devons aborder les choses de manière plus globale. Nous passons 80% de notre temps à l’intérieur, c’est à prendre en compte ! C’est pour cette raison qu’en février 2019, et avec l’accord de Richard Ferrand, j’ai créé à l’Assemblée nationale, le groupe “Air et santé” pour avoir une approche plus transversale et transpartisane. Ce qui m’intéresse c’est de faire le pont entre le bâtiment et l’occupant. On se trompe en ne prenant pas en compte l’humain. Si nous continuons ainsi, nous aurons toujours tout faux sur l’efficacité énergétique. »

Concrètement, quelles sont les missions de ce groupe ?
Claire Pitollat :
« Nous essayons de développer une filière économique autour de l’air. Nous avons déjà audité l’Anses, l’OQAI, des conseillers médicaux en environnement. Et depuis la rentrée, nous entendons des entreprises qui apportent leur expertise sur la ventilation dans différents environnements. Je n’invente rien. Cela fait 20 ans que la filière le demande. Il est grand temps de faire de la qualité de l’air intérieur un vrai sujet. On a loupé le coche avec la loi Elan, mais ce n’est pas terminé. »

À l’image du DPE finalement, qui structure petit à petit la filière de la rénovation énergétique ?
Claire Pitollat : « Il a permis de booster la filière et les artisans. Il y a eu une montée en compétences et un véritable savoir-faire. Les industriels du bâtiment qui fournissent le matériel ont su et pu développer l’innovation. On leur a donné la possibilité d’accroître ce marché. C’est vertueux. Intégrer la ventilation dans la réglementation, c’était la possibilité de faire de même. Alors qu’aujourd’hui, c’est bien souvent l’électricien qui pose la ventilation dans les logements, mais ce n’est pas son métier.
J’ai assisté à beaucoup de plénières où j’ai échangé avec des diagnostiqueurs. D’une certaine manière, ils portent déjà le sujet du diagnostic QAI. En effet, il influe sur la décence des logements, on parle parfois d’insalubrité. Il existe déjà des conseillers en environnement intérieur avec le PSE4, mais aucun budget n’a été alloué. Pour moi, certaines personnes ont besoin d’un accompagnement sur la rénovation énergétique pour expliquer les bons gestes par exemple. Ce serait important, pour les ménages les plus précaires. Il faudrait que les travailleurs sociaux s’associent à des énergéticiens et au ministère de la Transition énergétique. Les problèmes sanitaires seraient dépistés, soumis à la Caf comme actuellement, mais avec des conseils supplémentaires. S’il y a un cas de non-décence du logement, l’Ademe serait avertie, ce qui n’est pas forcément le cas aujourd’hui. Le grand plan de rénovation énergétique, lancé au début du quinquennat d’Emmanuel Macron, a peu de chances d’aboutir sur le terrain s’il n’y a pas d’accompagnement. »

Comment allez-vous y arriver ?
Claire Pitollat :
« Mon rôle de députée est donc d’écouter et il n’y a que les réflexions collectives qui m’intéressent. Je pousse le sujet au maximum, mais je ne peux garantir aucune deadline. Dans l’idéal, je souhaiterais qu’à la fin du quinquennat, le grand plan de rénovation énergétique soit terminé, que les budgets soient dépensés et que la QAI soit mieux considérée. »

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