Amiante dans les écoles, bombe à retardement

Amiante dans les écoles, bombe à retardement
octobre 12 11:21 2018 Imprimer cet article

Le mélange est explosif : des enfants et adolescents en première ligne, un risque sanitaire connu depuis longtemps et aussi beaucoup d’inertie des pouvoirs publics. L’Andeva se mobilise aujourd’hui pour dénoncer cette situation. Une bonne part des quelque 63 000 établissements scolaires de France et de Navarre contient toujours de l’amiante. Dans quel état ? On ne le sait pas toujours faute de transparence.

La revue de presse du jour passe forcément par Villeneuve-le-Roi et son lycée Brassens, en région parisienne. Les professeurs exercent leur droit de retrait pour dénoncer un risque d’exposition à l’amiante. À la Une de Libération, mais aussi dans d’autres médias nationaux aujourd’hui. À travers le lycée Brassens déjà évacué début 2018 après la chute de faux-plafonds amiantés, l’Andeva qui appelle à une manifestation nationale ce jour, tente d’alerter sur une situation qui concerne bon nombre d’établissements.

85% des établissements concernés par le DTA

On le sait, l’amiante est très présent dans les établissements scolaires. Alain Bobbio, secrétaire national de l’Andeva, se livre à un rapide inventaire : dalles de sol, cloisons, faux plafonds, plaques de façades, auvents de préaux, des flocages encore aussi parfois… Pas seulement dans les bâtiments, aussi dans le matériel comme des paillasses de celles qu’on rencontre dans les salles scientifiques, ou des établis de lycées professionnels. Oui, beaucoup d’amiante, mais malheureusement, on ne sait pas toujours où exactement ni dans quel état. L’information reste défaillante, et la communication généralement timide, quand elle n’est pas totalement absente.

Diffusé début 2017, un rapport de l’Observatoire national de la sécurité et de l’accessibilité des établissements d’enseignement (ONS), un satellite du ministère de l’Éducation nationale, permet sans doute de prendre la mesure du problème. En 2016, l’Observatoire avait lancé une enquête auprès de tous les établissements scolaires de France et de Navarre, avec un questionnaire sur le DTA. Les résultats révèlent une situation pour le moins préoccupante.

Au total, 85% des établissements scolaires sont susceptibles d’être concernés par l’amiante avec un permis de construire d’au moins un de leurs bâtiments antérieur au 1er juillet 1997. Écoles, collèges ou lycées, professionnels, publics ou privés, le taux reste sensiblement le même. Jusque là, rien de très étonnant, la poussée démographique des Trente Glorieuses coïncidant avec l’ère du tout amiante. Plus surprenant en revanche, l’Observatoire évoque des situations de méconnaissance totale. En particulier du côté des écoles élémentaires et maternelles publiques, où en 2016, 30% d’entre elles n’avaient toujours pas réalisé de DTA !

Silence, il y a de l’amiante !

À ces établissements, on pourrait ajouter ceux où le DTA ne revêt pas une grande utilité : entre les diagnostics non conformes (l’Andeva dit en relever beaucoup), des diagnostics non mis à jour, ou non communiqués aux occupants des locaux, sagement rangés dans les tiroirs des collectivités locales. Autre chiffre tiré du rapport : seulement 36% des écoles publiques construites antérieures au 1er juillet 1997, avait un DTA consultable dans leurs locaux. Pourquoi parler de quelque chose qui fait peur ?

Vingt ans après son interdiction, l’amiante reste tabou. Côté Andeva, on cite des exemples de mairies, où pour apaiser des parents d’élèves, un édile prétendait faussement à l’absence d’amiante ou à l’absence de danger en raison du caractère non-friable (sic)… Le ministère en convient lui-même dans son rapport de 2016. Extrait qui ne manque pas d’éloquence : « Des centaines établissements, en quasi-totalité au niveau des écoles publiques, ont ainsi signalé le refus des propriétaires de délivrer les DTA ou de donner les informations relatives au questionnaire malgré maintes sollicitations ». Et d’ajouter plus loin, « dans les petites collectivités, le mot « amiante » semble bien souvent tabou, le maire est rarement un expert de ces questions et ne dispose pas de moyens immédiats pour y faire face. »

Situation alarmante

La méconnaissance -pour ne pas dire négligence- entraîne nécessairement les expositions à l’amiante. À quelle échelle ? Personne ne sait au juste. Un exemple revient souvent, celui de nettoyeuses avec des disques abrasifs continuant à être utilisées sur des dalles de sol amiantées. Ou simplement le frottement des chaises des élèves sur des dalami usés. L’Andeva donne aussi l’exemple d’un plombier intervenant dans une école de la région parisienne, et ouvrant une fenêtre… dans une plaque amiantée. C’était fin 2017.

La situation est d’autant plus alarmante, que les bâtiments sont de plus en plus dégradés. C’est notamment le cas du lycée Brassens en région parisienne où 900 élèves ont été évacués en janvier 2018, et où les professeurs exercent à nouveau leur droit de retrait. L’enquête de l’Observatoire permet de se faire une petite idée sur l’état de conservation des matériaux amiante : en 2016, la moitié des DTA réalisés réclamaient une surveillance dans les écoles, et 2% une mesure d’empoussièrement. Dans le second degré, les obligations relatives aux mesures d’empoussièrement et aux obligations de travaux concernaient 5% des établissements. Autre indice, une enquête menée par le magazine Lyon Capitale en 2014 montrait que parmi les 118 écoles lyonnaises disposant d’un diagnostic, 94 se révélaient positives à l’amiante –dans 324 endroits différents- et pour 18 établissements, le diagnostiqueur avait même recommandé l’encapsulage ou le désamiantage en raison du mauvais état du matériau !

Manque de volonté politique

« La première exigence qui se pose, c’est la transparence. Le DTA doit être communiqué aux personnels de l’établissement et régulièrement mis à jour », plaide Alain Bobbio. Et la réglementation mise en œuvre judicieusement. « Il ne sert à rien de pratiquer des mesures d’empoussièrement pendant les vacances, lorsque les locaux sont vides. Les mesures doivent être effectuées dans les conditions réelles d’utilisation, lorsque l’air est brassé, lorsqu’il y a du mouvement. »

Dire que rien n’a été fait depuis 1997 serait cependant inexact. Suivi du personnel, prévention, des dispositifs sont régulièrement relancés au sein de l’Éducation nationale. Le rapport de l’Observatoire évoque des enquêtes récurrentes menées depuis 1996. Mais il y a à l’évidence beaucoup d’inertie depuis 20 ans. L’explication tient en grande partie à la dispersion du parc des établissements qui se partage entre les communes, les départements et les régions. Chacun se renvoie la balle.

Alain Bobbio de l’Andeva regrette le manque de volonté politique. Si un désamiantage rapide et massif apparaît fort peu réaliste pour des raisons budgétaires, un projet pluriannuel d’éradication de l’amiante pourrait être envisagé, privilégiant les établissements où l’amiante est dégradé, et où sont accueillis des maternels.

À ce chapitre, la France apparaît à la traîne sur certains de ses voisins européens. L’Andeva a d’ailleurs participé à l’été 2017 à une journée d’études à Manchester sur l’amiante dans les écoles. L’Angleterre a ainsi annoncé en 2017 consacrer quelque 23 milliards de livres sterling à la santé et à la sécurité, d’ici à 2021, notamment pour prendre en compte l’amiante dans les écoles. Au moment de l’annonce, le chiffre d’un million d’élèves anglais potentiellement exposé à l’amiante avait été avancé. Une initiative qui pourrait faire école.

L’intégralité de cet article est parue dans notre magazine Dimension Amiante n° 16 (mars-avril 2018).

 

 

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1 Commentaire

  1. Gaelle
    octobre 15, 15:34 #1 Gaelle

    Et pourtant des solutions existent : http://www.solpvcmodulup.fr/

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