L’édito du n°44 de Dimag me fait sortir de ma réserve alors que cela fait des mois, pour ne pas dire plus, que l’envie d’exploser me tenaille. Notre métier de diagnostiqueur est un métier hors normes, quel autre job peut se targuer d’être obligé d’avoir une certification en dehors des chauffeurs routiers et autocar avec la FIPA et les visites médicales ?
La certification première mouture était une mascarade qui a ruiné les économies des sociétés structurées voulant rester dans les règles strictes réglementaires, (entre 5 000 et 6 000 euros par technicien). Les moins scrupuleux n’ont pas hésité à n’avoir qu’une ou deux certifications au mieux pour pouvoir travailler en toute sérénité, aucun contrôle par les agents immobiliers ou notaires n’étant faits (surtout, ne pas me dire que cela n’existe pas, nous en connaissons sur Bordeaux). Les possibilités des imprimantes modernes sont sans limites pour réaliser des faux.
Chiffre surréalistes
Ce métier a ensuite été l’Eldorado des Pôles emploi et des reconversions professionnelles, cet intérêt subit a propulsé sur le marché des diagnostiqueurs pour qui aucune notion de rentabilité n’était en jeu puisque les formations étaient réglées par les organismes tiers. Les diagnostiqueurs émanant de la filière reconversion avait en plus le maintien de salaire pendant plusieurs années, ce métier leur permettait simplement de se désennuyer. Leur seule motivation étant de s’occuper et d’arriver à l’âge de la retraite avec une possibilité de revendre leur cabinet.
Ci-après, tableau d’un cabinet passant une annonce sur Dimag, dont certains ont pu demander la communication. Ces chiffres, en plus d’être difficilement compréhensibles, sont surréalistes et montrent que, lorsque le salaire est absent des charges, il devient très facile de faire un résultat positif.
| Début d’exercice | Fin d’exercice | Total bilan | CA | Résultat net comptable |
|---|---|---|---|---|
| 23/05 2008 | 31/12/2008 | 9426.71 | 2285.01 | -50126.26 |
| 01/01/2009 | 31/12/2009 | 23862.81 | 34521.34 | - 4848.37 |
| 01/01/2010 | 31/12/2010 | 22932.67 | 48895.29 | +5805.84 |
| 01/01/2011 | 31/12/2011 | ?? | 55000.00 | ?? |
Nous avons eu, dans le même temps, les auto-entrepreneurs, calamité économique décidée par notre gouvernement qui ruine l’artisanat et officialise le travail clandestin
Perdus
Pas étonnant dans ces conditions que les prix se soient effondrés, les seuils de rentabilité étant de 1 à 6, suivant les structures ce qui fait qu’à l’heure actuelle il vaut mieux être un franc tireur qu’une société structurée.
La re-certification est en passe de ressembler à une escroquerie orchestrée, nous pensons, par un cartel bien pensant composé des fédérations qui ne défendent pas les intérêts des adhérents, des centres de formation qui sont les seuls à tirer bénéfice de cette situation et par les différents ministères qui pondent des nouveaux textes qui ne sont pas en concordance entre eux et avant que les textes en place ne soient appliqués.
Vient ensuite ce qui est prévu pour 2012 et là nous avons de quoi être perdus. Comment comprendre que l’on fasse monter en puissance le rôle du DPE et, dans un même temps, supprimer son effet sur le prêt à taux 0 qui, de toute façon, était déjà une aberration dans sa forme : pourquoi en attribuer le taux plein avec un DPE en D alors que ce classement est la bonne moyenne des logements neufs avec chauffage électrique respectant la RT 2005 ? Ceci revient à dire que les maisons avec travaux n’étaient pas éligibles à ce prêt.
Absurdité
Cette situation pousse les agences immobilières à exiger des certificats de complaisance. Pourquoi ne pas avoir exigé que l’étude thermique soit réalisée par les experts en rénovation thermique ? Profession d’ERE morte avant d’avoir vécu du fait du manque de sérieux dans la préparation des textes et des publicités orchestrées par les deux principaux fournisseurs d’énergie qui annonçaient ce bilan réalisé de façon gracieuse.
Comment ce même DPE va être à deux niveaux de compétence, dont le deuxième niveau pour le tertiaire qui est en fait le plus facile techniquement à réaliser, je dis bien techniquement. Car le plus difficile, voire l’impossible, est de récupérer les trois années de consommation ainsi que les tantièmes quand il s’agit de copropriété.
La cerise sur le gâteau dans le genre « absurdité » est le contrôle des 88 DPE « suspicieux ». Personne ne me fera croire qu’en quelques mois le ministère va mettre en place une opération coup de poing pour ces diagnostics. En premier lieu pourquoi 88, à quoi tient ce chiffre ? Ensuite le temps de faire l’enquête, les rapprochements et la diffusion des résultats, nous aurons dépassé la date de validité des certifications en cours. Donc, supprimer celles des mauvais élèves ne servira à rien puisque nous serons dans la période d’examens de re-certification.
Immobilier et électroménager
Tout ceci tient de l’effet d’annonce pour mettre encore une fois notre profession à mal. Pourquoi ne pas expliquer par une note aux chambres des locataires, des propriétaires et des professionnels de l’immobilier que les classements en A sont impossibles, en B très rares et C pas très fréquents. Pour avoir ce type de classement, il faut de l’énergie renouvelable de l’apport solaire, du gaz avec appareils récents.
Depuis l’affichage obligatoire du DPE, nous voyons des vitrines complètes dont les biens sont dans ces classements hauts car certains sont tentés de penser que l’habitat doit avoir les mêmes étiquettes énergétiques que les biens électroménagers dont le classement A est la normalité, à tel point qu’il est question de reformater les critères pour éviter le A + et A++ qui ne veulent plus rien dire.
Pour ce qui est de l’amiante (décret d’application février 2012 avec des dates de certification non définies), qu’adviendra t-il pendant la durée transitoire, la France ne pourra plus faire de travaux ou de démolition ? Un seul formateur en France est « cofraqué » pour diligenter les formations aux intervenants sur chantier de retrait ! Avant de mettre un texte durcissant ce qui existe, là encore il aurait été plus approprié de faire respecter l’existant car nous nous rendons bien compte que la très très grande majorité des chantiers sont faits avec le diagnostic amiante vente, même chez les grands opérateurs. Sinon, comment expliquer qu’il y ait plus de prélèvements dans la ville de Caen que dans tous les départements formant le Sud-Ouest ?
En dépit du bon sens
Pour revenir sur les re-certifications, comment seront traités les diagnostiqueurs venant d’être certifiés ou étant certifiés depuis plusieurs mois. Pourront-ils exercer pendant les cinq ans que dure de vie de la certification ? Si c’est le cas, c’est une disparité supplémentaire sur la qualité de la prestation et donc sur le prix de revient . Si ce n’est pas le cas, c’est une escroquerie morale et financière de leur avoir fait passer des examens qui seront périmés avant la date normale prévue au référentiel.
Depuis le début de cette profession, que j’exerce depuis octobre 1989 avec les états parasitaires avant vente, je dis et répète que tout a été fait en dépit du bon sens car nous sommes aussi la seule profession, en plus d’être obligés d’avoir une carte de travail renouvelable tous les cinq ans, à avoir comme prescripteur un tiers qui n’est pas le payeur et ce dernier n’est pas l’utilisateur. Comment voulez-vous que les intérêts des uns ne soient pas en conflits perpétuels avec ceux des autres ? Les premiers veulent un papier alors que le dernier prend le constat comme une véritable expertise.
Carte de travail
Notre profession est donc formée d’indépendants, de micro-entreprises, de petites entreprises et de franchises de plus ou moins grande envergure. Depuis 1998, nous n’avons pas réussi à nous regrouper autour d’un syndicat, d’un Ordre ou d’une fédération qui fasse poids, les seuls organismes existant travaillent en ordre dispersé sans aucune cohésion et leurs dirigeants sont plus tournés sur eux même que sur leurs adhérents.
A ce jeu-là, les centres de formation et de certification sont les grands bénéficiaires du système, je pense qu’il n’est pas trop tard pour faire fléchir nos gouvernants pour faire stopper cette formule de re-certification qui est une véritable carte de travail (à quand la carte de séjour ?) et dont le principe même est mauvais, inadapté, permettant une fraude encore plus grande du fait du prix du billet d’entrée, et le remplacer par des formations obligatoires comme il est l’usage dans d’autre professions et comme il est prévu dans le nouveau texte amiante.
Un sujet qui n’a jamais été abordé est celui des entreprises ayant des techniciens depuis plusieurs années, à l’époque où les certifications n’étaient pas encore à l’ordre du jour, donc sans qu’il en soit fait mention sur les contrats de travail. Qu’adviendra t-il de ces techniciens s’ils ne réussissent pas toutes les certifs avec tous les niveaux de compétence ? Rupture du contrat pour incapacité de remplir la fonction, mais je crains fort les foudres prud’homales. Travail à temps partiel en fonction des certificats obtenus ? Arrangements divers... ?
Ce billet d’humeur est spontané, il n’est qu’une piste de réflexion pour les acteurs de notre profession.
